Dimanche 8 mai 2011
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Veber disait : "Partir c'est mourir un peu, mais rester, c'est crever doucement".
Le 8 mai 2004 en fin de matinée, j'ai été réveillé par l'irruption dans mon domaine d'une espèce de boule de poils avec des dreadlocks.
J'avais emménagé dans la maison juste quelques semaines avant et ne m'y déplaisais pas. Ma maitresse était un peu collante mais mon assiette était régulièrement remplie.
L'intruse avait près de neuf ans, sans doute déjà plus toutes ses dents, une haleine de chacal et quatre moignons qui faisaient que son ventre touchait presque par terre. J'en ris encore !
Je l'avoue maintenant, j'ai bien essayé de l'intimider, mais elle avait un fichu caractère et ne s'est pas laissé faire. Il m'a fallu faire contre mauvaise fortune bon coeur. Avec ma maîtresse,
nous avons scellé un pacte : je garde l'exclusivité du lit en journée, moyennant quoi elle continue de remplir mon écuelle et ne m'embête plus par un excès de caresses.
D'aristocratique, cette vieille anglaise n'avait que le nom. Quand j'y repense, elle n'aimait rien de mieux que d'exposer son bidon glabre pour ce qu'elle appelait une "friction de tripes". Les
premiers mois, je l'accompagnais dans ses sorties... jusqu'au jour où elle s'est affublée d'un manteau. Trop c'est trop, j'ai ma dignité quand même !
Cela dit, elle avait de quoi être pimpante : esthétichienne tous les quinze jours, le tour des yeux, les ongles faits, le brushing... Une vraie fille, quoi !
Sauf à table... Au premier bruit de casserole, elle arrivait dans la cuisine. Et sous prétexte qu'elle ne déjeunait que les jours en DI, elle partageait le menu de la maîtresse.
D'ailleurs, il n'y a pas que ça qu'elles partageaient. Les bains de mer à Saint-Malo (elle appelait ça sa thalasso cette snobinarde), les voyages en train à l'autre bout de la France, les
vacances chez Fiston, les soirées filles...
Au fil des ans, j'avoue que je me suis habitué à la voir coloniser mon espace. Comme elle est devenue un peu vieille, un peu frileuse, je l'ai même autorisée à dormir avec nous.
Et puis le temps a eu raison de sa vue et de son ouïe. Elle ne retenait plus grand chose.... et j'ai appris à regarder où je mettais les pattes. Ses promenades ont été plus courtes et moins
fréquentes jusqu'à ce mauDIt jeuDI d'avril où elle s'en est allée, victime d'un AVC.
C'est vrai que j'ai davantage de place dans le lit et qu'elle ne finit plus mon assiette mais je serais prêt à sacrifier mon stock de croquettes (d'ailleurs ce sont les siennes) pour qu'elle soit
encore là.
Huit mille copains sont en attente d'adoption dans les refuges de la S.P.A. Accueillir un de ces malchanceux n'est pas un acte anodin, il ne faut pas
le faire sur un coup de tête.
Mais sur un coup de coeur, il ne faut pas hésiter !